À propos

Du pétrissage de la terre à la dernière sortie du four en passant par le tour, le biscuit, l’émaillage etc. : l’art de la céramique prend du temps. Entre l’idée et l’objet final, il y a une suite d’étapes, séparées par plusieurs phases d’attente. La patience est une des forces de la céramiste, bien consciente que ces temps morts sont une partie intégrante de la pratique : ils lui permettent de recalculer sa trajectoire à chaque étape. La céramiste s’appuie sur des pratiques millénaires : c’est que cet art du feu a fait le tour du monde, et de l’histoire. Pour elle, il s’agira de comprendre la matière ; non pas pour la contrôler, mais pour jouer ensuite librement avec les éléments : la terre (grès, porcelaine etc.), l’eau (barbotine), le feu (cuisson) et l’air (oxydation ou réduction de l’émail).

Après 20 ans de pratique, Cécile Trullard est encore en quête, en expérimentation. Si le geste est sûr et les pièces tournées parfaitement calibrées, son terrain de recherche est l’émail : les paramètres de composition chimique joueront sur la profondeur des couleurs. Céladon, temmoku, jaune titane, antimoine, ko-kudo… à chaque émail son nom, sa texture et ses particularités que l’oeil de la céramiste saura évaluer.

Mais la maîtrise de ces recettes n’empêche pas l’exploration des possibles. Ainsi, c’est maintenant la forme de la pièce qui devient le support pour les tests de Cécile Trullard, et c’est la forme qui lui permet d’explorer les réactions de l’émail à de nouvelles contraintes : la pente, le trempage et le retrempage etc.

Entre connaissances théoriques transmises, savoir empirique et expérimentation, la pratique de Cécile Trullard est un jeu aux règles qu’il convient à la fois de respecter, et oser enfreindre. Une curiosité qu’elle a conservée intacte lui permet de transcrire dans son travail la poétique de l’erreur, la beauté dans la surprise, l’oeuvre du hasard.

Marie Marchal